Reproduire un arbre : notions et vocabulaire

Reproduire un arbre : notions et vocabulaire

Ce document explique les bases de la reproduction des arbres. Il s’adresse aux jardiniers amateurs. Aucune connaissance préalable en biologie n’est nécessaire pour l’apprécier.

Commençons par une question simple : pourquoi ne plante-t-on pas simplement un pépin ? Si l’on sème un pépin de pomme, l’arbre obtenu ressemble généralement assez peu à l’arbre d’origine. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir à la façon dont les plantes se reproduisent.

1. La reproduction sexuée chez les plantes

La fleur contient les organes de reproduction. Les étamines produisent le pollen, qui est l’élément mâle. Le pistil contient les ovules, qui sont l’élément femelle.

Le pollen doit d’abord arriver sur le pistil : c’est la pollinisation. Ensuite, il féconde l’ovule : c’est la fécondation. L’ovule fécondé grossit et devient ce que nous appelons un fruit et forme une ou plusieurs graines à l’intérieur. Ce sont ces noyaux, graines, pépins qui sont les vrais fruits. Ce fonctionnement est assez similaire à celui des humains.

La graine est donc un nouvel individu. Elle reçoit des gènes de deux parents, et ces gènes sont mélangés : c’est le brassage génétique. Les gènes des arbres fruitiers sont très variés. Un pépin ne reproduit donc pas l’arbre qui a donné le fruit.

Les conséquences sont importantes. Les fruits sont imprévisibles et souvent médiocres. De plus, l’arbre met longtemps à produire ses premiers fruits.

Voici quelques mots de vocabulaire :

  • L’espèce regroupe les plantes qui se ressemblent et qui peuvent se croiser entre elles, comme le pommier.
  • La variété, ou cultivar, est une forme précise au sein d’une espèce, comme la pomme Gala.
  • Le clone est une copie génétiquement identique d’une plante.

2. Pollinisation, fertilité et stérilité

Un arbre autofertile se féconde avec son propre pollen. Il peut donc être planté seul.

Un arbre « non autofertile », ou autostérile, a besoin du pollen d’une autre variété. Il faut alors planter un pollinisateur à proximité.

Un arbre partiellement autofertile produit des fruits même s’il est seul. Cependant, il produit mieux lorsqu’un pollinisateur est présent.

Les arbres doivent fleurir en même temps pour se polliniser. On parle de groupes de floraison. Si les périodes de floraison ne se chevauchent pas, la pollinisation échoue.

Chez le cerisier et le prunier, il existe des incompatibilités génétiques. Deux variétés peuvent fleurir en même temps sans se féconder, alors qu’elles ne sont pas stériles.

La stérilité

Un arbre stérile ne produira pas de graines viables, même s’il est correctement fécondé. Les causes de la stérilité sont variées. Il peut s’agir d’un croisement entre espèces éloignées, d’anomalies des chromosomes, de mutations…

Dans le cas de la stérilité mâle, le pollen n’est pas viable. L’arbre est un mauvais pollinisateur, mais il peut donner des fruits s’il est pollinisé par une autre variété.

Dans le cas de la stérilité femelle, les ovules ne fonctionnent pas. Il n’y a donc pas de graine par fécondation, mais l’arbre peut quand même polliniser un autre arbre.

Les fruits sans pollinisation

Certaines plantes font des fruits sans pollinisation. C’est ce qu’on appelle la parthénocarpie. On la trouve chez certains agrumes comme la clémentine et l’orange navel, ainsi que chez la banane, l’ananas, le kaki et certaines poires.

Ces fruits ne contiennent généralement pas de graines viables.

Mais certaines plantes produisent des graines sans fécondation (l’apomixie). Ces graines sont des clones de la mère. C’est le cas de nombreux agrumes et de certains manguiers.

Le semis et les variétés « fixées » (autostables)

Une variété fixée est une exception : elle se reproduit fidèlement par semis. Les descendants ressemblent à leurs parents. Cela arrive quand la plante se féconde elle-même, ce qu’on appelle l’autogamie. Ce cas est rare chez les arbres fruitiers, car leurs gènes sont trop mélangés. On cite tout de même quelques exemples, comme le pêcher de vigne, certains abricotiers et certains pruniers.

Conseils pratiques

Vérifiez la fertilité de la variété avant de l’acheter. Choisissez un pollinisateur qui fleurit en même temps qu’elle. Plantez-le assez près pour que les insectes puissent transporter le pollen (quelques dizaines de mètres maximum).

3. L’origine des variétés

Beaucoup de variétés anciennes viennent de semis spontanés. Un pépin a germé quelque part, et l’arbre a donné de bons fruits. Les anciens l’ont remarqué, puis ils l’ont multiplié.

Il est important de sauvegarder les variétés anciennes. La plupart des variétés commerciales que l’on trouve en supermarché ont été créées il y a 50 à 150 ans, et se sont imposées dans nos vergers au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Depuis, les méthodes de culture ont changé (avec, par exemple, moins de pesticides), les goûts évoluent et le climat se modifie. Il faut donc créer de nouvelles variétés adaptées aux besoins actuels, et les variétés anciennes, par leur grande diversité génétique, sont une réserve précieuse pour y parvenir. À la Mémoire fruitière des Charentes, nous nous engageons à conserver le patrimoine fruitier local.

Aujourd’hui, les obtenteurs réalisent des croisements dirigés : ils croisent volontairement deux variétés. Ils choisissent les parents, sèment les pépins, puis sélectionnent les meilleurs arbres. Ce travail est long et son résultat est incertain. L’exemple de la Golden Casou le montre bien : plus d’une centaine de croisements ont été testés et sept ont été sélectionnés, mais aucun n’a donné les propriétés recherchées.

Une variété peut aussi apparaître par mutation de bourgeon. Une branche change spontanément : elle porte des fruits d’une autre couleur, elle mûrit plus tôt ou elle pousse différemment. On greffe cette branche pour la conserver.

En conclusion, une variété intéressante ne se transmet pas par semis. Il faut donc la multiplier en clonant l’arbre original, c’est-à-dire de façon végétative.

4. La multiplication végétative (clonage)

Le principe est simple. On prend une partie de la plante mère, pour en faire une nouvelle plante. La nouvelle plante est génétiquement identique à la mère.

Le bouturage

On coupe un fragment de tige, de rameau ou de racine. On le place dans un milieu adapté, et il émet des racines.

  • Il existe plusieurs types de boutures. La bouture herbacée utilise une tige tendre. La bouture semi-aoûtée utilise une tige qui commence à durcir. La bouture ligneuse utilise du bois dur, coupé en hiver. Il existe aussi la bouture de racine.
  • Cette technique réussit bien chez la vigne, le figuier, le groseillier et le cognassier.
  • La réussite dépend de l’espèce, de la saison, de l’humidité et de la chaleur. Elle dépend parfois aussi de l’usage d’hormones d’enracinement.
  • Beaucoup d’arbres fruitiers s’enracinent très mal, comme le pommier, le poirier et le cerisier : cette technique n’est alors pas adaptée.
Le marcottage

La tige s’enracine avant d’être séparée de la plante mère. Pendant ce temps, la mère continue de la nourrir.

  • Il existe plusieurs formes de marcottage : en butte, en cépée, en serpenteau et aérien.
  • Cette technique est plus fiable que le bouturage, mais elle est plus lente et donne peu de plants.
  • Elle sert beaucoup à produire les porte-greffes.
Les drageons et les rejets

Certaines plantes se multiplient d’elles-mêmes. Elles émettent des pousses à partir de leurs racines ou de leur base. On le voit chez le prunier, le framboisier et le figuier. On peut séparer ces pousses de la plante mère et les replanter ailleurs.

Le clonage en laboratoire (culture in vitro)

On prélève un tout petit morceau de tissu appelé méristème, qui est la pointe de croissance de la tige. On le place dans un milieu nutritif stérile, additionné d’hormones. Il donne alors de nouvelles plantes.

  • On peut produire des milliers de plants identiques en peu de temps.
  • Les méristèmes sont souvent indemnes de virus, ce qui permet d’obtenir des plants sains.
  • D’autres techniques existent, comme l’embryogenèse somatique et la culture de cals.
  • Cette méthode a des limites : elle coûte cher, elle demande du matériel spécialisé, elle peut provoquer des variations (les variations somaclonales) et elle est difficile avec certains arbres.
Franc de pied

Un arbre « franc de pied » pousse sur ses propres racines. Il vient d’une bouture, d’une marcotte ou d’un drageon, et il n’est pas greffé. La vigne avant le phylloxéra, le figuier et le framboisier en sont des exemples.

  • Son avantage est double : il n’a pas de rejets venant d’un porte-greffe, et il n’a pas de point de greffe fragile.
  • Sa limite est que ses racines n’ont pas été choisies pour le sol ni pour la vigueur.

5. Le greffage : principe et intérêts

Greffer, c’est assembler deux plantes pour qu’elles poussent ensuite comme une seule. Le greffon est la partie haute : c’est la variété choisie. Le porte-greffe est la partie basse : ce sont les racines.

La soudure se fait grâce au cambium. Le cambium est une fine couche de cellules située sous l’écorce, qui fabrique le bois et l’écorce. Pour que la greffe prenne, les cambiums du greffon et du porte-greffe doivent se toucher.

Pourquoi greffer plutôt que bouturer ? D’abord parce que beaucoup d’arbres fruitiers s’enracinent mal. Ensuite parce que la greffe permet de choisir un porte-greffe adapté au sol.

Les deux plantes doivent être compatibles. En général, elles appartiennent à la même espèce, ou au moins au même genre. Il existe des exceptions : par exemple, le poirier peut se greffer sur cognassier.

Parfois, le greffon et le porte-greffe sont incompatibles, mais il est malgré tout possible de les greffer ensemble en ajoutant un intermédiaire compatible avec les deux variétés.

Un arbre franc est issu d’un semis de l’espèce. On l’oppose au porte-greffe clonal, qui vient d’une multiplication végétative. Attention, les deux expressions « franc » et « franc de pied » ne veulent pas dire la même chose. Un arbre issu de bouture est franc de pied, car il est sur ses propres racines, mais il n’est pas franc, car il ne vient pas d’un semis. L’inverse est aussi possible.

Le surgreffage permet d’associer plusieurs variétés sur le même arbre (dans le but de sauvegarder plusieurs variétés, ou pour permettre une pollinisation lorsqu’il n’est pas possible d’avoir deux arbres).

6. Le porte-greffe

Le porte-greffe n’est pas un simple support. Il apporte à l’arbre plusieurs qualités :

  • Il assure l’ancrage de l’arbre dans le sol.
  • Il détermine la vigueur, c’est-à-dire la force de croissance.
  • Il détermine la taille adulte de l’arbre.
  • Il influence la précocité, c’est-à-dire la rapidité de mise à fruit.
  • Il peut apporter une résistance à certaines maladies.

Il faut aussi adapter le porte-greffe au sol. Chaque porte-greffe a ses préférences :

  • Certains supportent le calcaire, d’autres le tolèrent mal.
  • Certains aiment les sols humides, d’autres résistent mieux à la sécheresse.
  • Certains conviennent aux sols lourds, d’autres aux sols légers.

Un mauvais choix de porte-greffe peut condamner l’arbre. Un arbre sur un sol qui ne lui convient pas pousse mal, produit peu et vit moins longtemps.

Reproduction du porte-greffe

Les porte-greffes francs sont obtenus par semis. On sème des graines ou des noyaux, puis on garde les jeunes plants. Ces plants sont vigoureux, mais ils sont différents les uns des autres.

Les porte-greffes clonaux sont obtenus par multiplication végétative. On utilise la butte de rejet, le marcottage de cépée, le bouturage ou la culture in vitro. Les plants obtenus sont tous identiques à la plante mère.

Les porte-greffes clonaux sont donc plus homogènes et plus prévisibles. Deux arbres greffés sur le même porte-greffe clonal auront la même vigueur et la même taille. Ce n’est pas le cas avec des porte-greffes francs.

7. Santé des arbres greffés

Certaines maladies se transmettent par la greffe. Il s’agit de virus, de phytoplasmes et de bactérioses. Un greffon malade donne un arbre malade. Un porte-greffe malade peut aussi contaminer le greffon.

Pour limiter ce risque, il vaut mieux acheter des plants certifiés. La culture in vitro est aussi utile, car elle permet d’obtenir des plants assainis à partir de méristèmes.

Il faut également désinfecter les outils. Un greffoir ou un sécateur peut transmettre une maladie d’un arbre à l’autre.

Enfin, il faut surveiller le porte-greffe. Il peut reprendre le dessus sur le greffon et provoquer un dépérissement, en émettant des rejets et des drageons sous le point de greffe. Ces pousses appartiennent au porte-greffe et non à la variété greffée. Il faut les supprimer régulièrement, sinon elles épuisent l’arbre.

8. Patrimoine fruitier et cadre légal

Les variétés anciennes forment un patrimoine précieux. Elles sont adaptées aux climats et aux sols locaux, et elles offrent une grande diversité de goûts. Beaucoup ont pourtant disparu des vergers.

Des conservatoires les protègent. Des associations locales, comme la Mémoire fruitière des Charentes, retrouvent, conservent et font connaître ces variétés. Sauvegarder cette diversité est important, car chaque variété porte des qualités que l’on pourrait un jour avoir besoin d’utiliser.

Il faut aussi connaître le cadre légal. Certaines variétés sont protégées par un COV (certificat d’obtention végétale) ou par un brevet. Leur multiplication peut alors être interdite ou soumise à autorisation, surtout si elle est destinée à la vente. Les variétés anciennes, elles, appartiennent généralement au domaine public. Avant de multiplier une variété récente, il est donc prudent de vérifier si elle est protégée.

Conclusion

Retenons les idées clés de ce document.

  • Un pépin donne un nouvel arbre, différent de ses parents.
  • Pour reproduire une variété à l’identique, il faut la multiplier de façon végétative.
  • Le greffage permet de multiplier des arbres qui se bouturent mal, et de choisir un porte-greffe adapté au sol.
  • Le porte-greffe détermine la vigueur, la taille et la résistance de l’arbre.
  • La pollinisation et la fertilité des variétés doivent être prises en compte avant de planter.